Feu! Chatterton, dandys rock lettrés

Publié le 5 Février 2016

Feu ! Chatterton au Temps Machine
Feu ! Chatterton au Temps Machine
Feu ! Chatterton au Temps Machine

Feu ! Chatterton au Temps Machine

Bien résumé dans ce texte de Patrice Demailly, hier Feu ! Chatterton était au Temps Machine, ils ont tout donné...Bravo !

Feu! Chatterton, dandys rock lettrés

Attente brûlante. Rarement on aura guetté la sortie d'un disque avec autant de fébrilité. Il faut dire que la formation parisienne avait laissé des premiers signaux au potentiel hautement impressionnant : un EP renversant et des concerts d'une puissance folle. Le bouche-à-oreille a carburé au super. Et la machine s'est rapidement mise en marche.

Cette sorte d’électrochoc a fait grimper aux rideaux, bon nombre de directeurs artistiques. Feu! Chatterton n'avait que l'embarras du choix. C'est finalement la maison de disques Barclay qui a décroché la précieuse timbale.

Le béguin allait-il se muer en liaison passionnée et durable ? A la première écoute, l'étreinte est freinée par une certaine retenue. On reste un peu sur la réserve, les baisers n'ont pas le même éclat. Il faut entendre par là que les meilleurs titres d'Ici le jour (a tout enseveli) sont ceux déjà présents sur l'EP : Côté Concorde, décryptage divinement poétique du naufrage du Costa Concordia ("Du ciel tombent des cordes/Faut-il y grimper ou s'y prendre...") et La Malinche, electro-funk à l’intensité et aux ruptures rythmiques haletantes. Ne pas oublier La mort dans la pinède, ode aux premières fois bancales, lancée en éclaireur en 2012. Pas de trace par contre sur l'opus de L'heure dense, merveille absolue de lyrisme.

Passés ces instants de grâce, on finit par apprivoiser les nouvelles pistes qui vont se révéler riches en textures et sensations. Un mélange de volupté et de brutalité, de luxuriance et d'épure. Textes souvent denses, parfois énigmatiques, racés et lettrés. Feu! Chatterton habille ses élans romantiques et baroques d'une production minutieuse et exigeante. Et on ne s'étonnera pas de retrouver derrière les manettes, le toujours impeccable Samy Osta (Rover, La Femme...).

Les cinq dandys se promènent avec une aisance assurée entre psychédélisme yéyé (Ophélie), atmosphère brumeuse (Fou à lier), clin d’œil assumé au Melody Nelson de Gainsbourg (Le long du Léthé), soubresauts efficaces (Boeing) et lignes brisées (Porte Z).

Enfin, il y a le chant d'Arthur qui oscille entre "talk over" (Harlem) et interprétation habitée. Voire même survoltée. Ce sera sans doute trop pour ceux qui s'entêteront à n'y voir qu'un maniérisme emphatique. C'est en tout cas assez pour confirmer aux autres que Feu! Chatterton réconcilie la chanson littéraire et le rock. Un groupe défricheur ? Affirmatif. Et un fameux avec ça.
Patrice Demailly

Rédigé par pierrequiroule37

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article